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Colloque thermique, acoustique et ventilation : premiers enseignements
Mercredi 3 décembre 2008

Le CIDB organisait le 26 novembre dernier une journée d’information axée sur la problématique de la compa-tibilité entre la thermique, l’acoustique et la ventilation, en réhabilitation. Résumé des principaux propos échangés durant la journée.

Le Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIDB) organisait le 26 novembre dernier, en partenariat avec le Groupement de l'ingénierie acoustique (GIAc) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), une journée d’information sur le thème de la compatibilité entre les exigences d’efficacité thermique, de performance acoustique et de qualité de l’air intérieur des constructions. Pour ce colloque, intitulé « Isolation thermique, isolation acoustique, ventilation : compatibilité ou incompatibilité ? », quelque 300 participants se sont donc réunis dans le Grand auditorium de la Bibliothèque François Mitterrand. Preuve de la variété des acteurs concernés par ce sujet, si les disciplines de l’ingénierie acoustique, thermique ou aéraulique étaient évidemment bien représentées, architectes, maîtres d’ouvrage (publics et privés) et services techniques (territorialisés ou d'Etat) ont aussi largement répondu présents.

L’objectif de cette journée n’était pas de faire le tour de la question des isolations, mais de lancer une dynamique de collaboration. En un mot, il s’agissait de « donner envie de faire ensemble ». Quels sont les leviers à actionner, les freins à lever, pour qu’une telle vision globale, en rénovation tout particulièrement, ait des chances d’aboutir ?

Dans son introduction, Dominique Bidou, le président du CIDB, a reconnu que le thème de la compatibilité entre les exigences relevant de l’acoustique, de la thermique et de la ventilation n’était, en soi, pas nouveau. En revanche, ce qui change aujourd’hui, c’est l’ampleur du défi : compte tenu de l’urgence des questions climatiques, de l’accélération des chantiers qui nous attendent, pour reprendre l’expression employée par M. Bidou, « nous sommes au pied du mur ». De fait, comme l’ont notamment souligné les différents comités opérationnels chargés de mettre en œuvre les orientations du Grenelle de l’environnement, il ne s’agit plus seulement d’évoquer ces thématiques récurrentes, mais bien de trouver des solutions opérationnelles qui puissent fonctionner dès demain, dans le neuf comme en réhabilitation. C’était bien l’objet de cette journée que de pointer les responsabilités de chacun – l’Etat, les professionnels du bâtiment et les maîtres d’ouvrage – et d’identifier les leviers – qu’ils soient d’ordre technique, administratif ou financier – qui permettront d’être performants sur l’ensemble des exigences.

Invité à s’exprimer, en introduction de la journée, sur le Grenelle de l’environnement et la politique générale du gouvernement, Pascal Valentin (mission Bruit et agents physiques du Meeddat) a rappelé l’engagement, dans le cadre du Grenelle, de résorber dans un délai de 5 à 7 ans, les points noirs les plus dangereux pour la santé. Il souligne l’avancée que constitue le fait d’inscrire dans le cadre d'une loi le principe de la résorption des points noirs du bruit des transports terrestres, qui n’avait jusqu’alors qu’une  base réglementaire. Par ailleurs, au delà des solutions techniques, M. Valentin a rappelé l’importance de trouver des clés de financement pour que les riverains d’infrastructures bruyantes, à l’occasion d’une opération de réhabilitation acoustique aidée, puissent également s’engager dans des travaux de réhabilitation thermique. En effet, les différents "comités bâtiment" du Grenelle ont souligné que si ces deux types d’actions ne sont pas menés simultanément, il est peu probable que deux opérations de réhabilitation soient conduites sur le même bâtiment à échéances rapprochées.

Pour Alain Maugard (ancien président du CSTB et animateur du comité opérationnel « Bâtiments neufs »), que les organisateurs avaient en quelque sorte chargé de dresser le tableau de cet enjeu commun acoustique, thermique et ventilation, l’avantage d’avoir donné la priorité à l’efficacité énergétique, c’est qu’on « va pouvoir aller très loin ». Mais le risque, et c’est là la grande nouveauté de la situation actuelle, c’est de déséquilibrer tout le système constructif, comme chaque fois qu’on met l’accent sur une exigence sans se préoccuper des autres enjeux. L’autre question essentielle est de savoir comment traiter la ventilation, une problématique que M. Maugard n’hésite pas à taxer de « parent pauvre du secteur du bâtiment ». De fait, selon Jean Courtois (Uniclima, le syndicat des fabricants de systèmes de ventilation), la ventilation ne représente que 0,1% du coût de la construction. Et M. Maugard de déplorer qu’on fasse des économies de bouts de chandelle sur un poste qui a des répercussions directes sur la santé des occupants. D’où son vœu de voir se créer un corps de métier « ventilation » à part entière, à l’instar des postes isolation, chauffage ou électricité.

On le voit, la nécessité absolue de réduire les émissions de gaz à effet de serre entre vite en concurrence avec des enjeux qui relèvent de la qualité de vie au quotidien. Pour traiter conjointement les trois impératifs que sont l’isolation thermique, le confort sonore et la qualité de l’air intérieur, ainsi que d’autres enjeux tels que par exemple la sécurité incendie, point d’autre solution, donc, que de « faire ensemble ». Si, heureusement, les points de convergence existent – dans la majorité des cas, les solutions à la fois thermiques et acoustiques existent –, toutefois, les situations de contradictions entre les différentes exigences ne sont pas rares, confirmant, là encore, la nécessité de réfléchir à des solutions globales.

Au niveau de la strate de l’ingénierie, pour travailler ensemble, la difficulté tient à ce que les thermiciens, les acousticiens et les aérauliciens se connaissent peu, n’ont pas le même vocabulaire, ni les mêmes indicateurs. En outre, ces trois disciplines doivent aussi se rencontrer avec l’architecte. Si les ingénieurs semblent donc sensibilisés à la nécessité de prendre de la hauteur par rapport à leur spécialité, ils sont en revanche en demande d’outils de conception aptes à traiter le couplage entre les performances thermique, acoustique et de ventilation. Centres techniques et laboratoires de recherche ont ici un rôle déterminant à jouer.

Quant aux industriels, qui ont bien saisi les enjeux (les opportunités aussi), ils travaillent activement à des solutions capables de composer à la fois avec les calories et les décibels, tout ceci se traduisant par une forte évolution de l’offre de produits. Si la stratégie est donc relativement bien tracée pour les industriels, il conviendra de bien étudier les avis techniques, afin de détecter les innovations farfelues ou autoproclamées. C’est notamment le cas pour les produits bio-sourcés (d’origine végétale ou animale). Jacques Roland (consultant en acoustique), qui s’est exprimé sur ce sujet, estime l’offre intéressante et sérieuse, mais insiste sur le rôle crucial de l’évaluation technique. Selon lui, l’évaluation acoustique initiale peut être rapide et peu coûteuse, ce qui laisse la place aux PME. Dans cette quête de légitimation, les rapprochements que les fabricants ont déjà initiés avec les laboratoires de recherche, les centres techniques ou les collectivités (bâtiments tests) sont à encourager. Ce qu’a confirmé Jean Kergomard, le président de la Société française d’acoustique, dans une intervention sur le rôle de la recherche. Pour lui, des journées de rencontre entre laboratoires et industriels pourraient avantageusement approfondir des sujets tels que la caractérisation des matériaux d’isolation, les modèles et résolutions semi-analytiques, ou encore les codes numériques.

Au stade de la mise en œuvre, le problème est épineux : il faut changer les habitudes, faire évoluer les pratiques. Pas sûr en effet que les règles de l’art actuelles soient adaptées à ce nouvel équilibre entre la thermique, l’acoustique et la ventilation. En outre, comme M. Maugard l’a souligné, on peut s’étonner que les coiffeurs aient obligation de détenir un CAP pour exercer, quand les spécialistes de l'isolation en sont exemptés. Qualification et formation sont donc les maîtres-mots. D’autant qu’une recherche récente de l’Anah montre que l’artisan joue très souvent le rôle de prescripteur de la solution, dans l’habitat individuel notamment ; l’ingénieur, lui, est rarement consulté pour de petites opérations.

Le volet de l’ingénierie financière a été notamment abordé à la faveur de la présentation d’un cas d’espèce, une ambitieuse opération de réhabilitation, à visée tant thermique qu’acoustique, réalisée sur un ensemble de logements à caractère social. Pour les bailleurs sociaux, l’enjeu vital, c’est que les charges locatives sont plus élevées que les loyers, à tel point qu’il n’est plus envisageable d’augmenter les loyers. La maitrise des coûts énergétiques est donc une priorité.

L’usager, enfin, a été évoqué de manière récurrente tout au long de la journée : au delà de la technique et de la finance, le facteur humain doit être remis au centre des préoccupations. Cela nécessite du dialogue et un effort d’accompagnement, à la fois humain et technique.

Dans une table ronde finale, à visée résolument plus politique, les représentants des pouvoirs publics ont livré leur vision de la feuille de route qu’il convient de suivre face aux enjeux qui nous attendent. Pour Jean-Pierre Bardy (direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages, Meeddat), le rôle de l’administration n’est pas seulement d’élaborer des réglementations, mais aussi de participer au nécessaire effort d’information et de sensibilisation des professionnels. Et de citer en exemple un document à paraître prochainement, intitulé « Acoustique, thermique, aération : compatibilité des solutions », que la DHUP a commandé à Mathias Meisser. Jean-Pierre Henry (direction générale de la Pollution et des Risques, Meeddat) partage ce point de vue et ajoute que la responsabilité des pouvoirs publics est aussi de favoriser, tant par le levier réglementaire que par le soutien d’initiatives innovantes, la réalisation d’opérations coordonnées. Pour Carole Le Gall (direction Energie Air Bruit, Ademe), l’une des forces du Grenelle, c’est de permettre de réinterroger nos pratiques dans le bâtiment. S’il faut effectivement développer des approches multicritères, pour se mettre en mouvement, c’est l’angle de l’efficacité énergétique – enjeu planétaire, très concret, qui peut se traduire de manière monétaire – qu’il faut privilégier. Quant à la qualité de l’air des logements existants, études à l’appui, Mme Le Gall rappelle que la situation n’est d’ores et déjà pas satisfaisante et qu’il faut donc profiter des rénovations énergétiques pour améliorer la prise en compte de la qualité de l’air intérieur. Pour Philippe Pelletier (Agence nationale de l’habitat), les objectifs de l’Anah sont clairs : d’une façon générale, il s’agit d’améliorer la performance énergétique des logements et, plus particulièrement, d’aider les plus pauvres pour éradiquer la précarité énergétique. Dans ce contexte, M. Pelletier appelle de ses vœux l’avènement d’évolutions du cadre juridique propre à la réhabilitation des logements privés : assouplir les contraintes d’urbanisme pour rendre possible l’isolation par l’extérieur des parois opaques, permettre qu’une assemblée générale de copropriétaires puisse acter la réalisation de travaux d’intérêt commun portant sur les parties privatives, ou encore, en matière locative, que les propriétaires bailleurs trouvent un intérêt financier à investir dans des travaux d’amélioration énergétique. Raphaël Slama (Association Qualitel) rappelle quant à lui l’importance du diagnostic initial comme préalable à tout plan d’action patrimonial, et propose que le principe du crédit d’impôt lui soit appliqué. Pour M. Slama, il faut aussi clarifier le problème des responsabilités en rénovation et faire en sorte que l’approche globale qui préside au diagnostic se retrouve dans la conception. Comment ? En établissant un contrat type de maîtrise d’œuvre dans la réhabilitation, contrat qui pourrait faire l’objet d’un fascicule de documentation d’Afnor. Concernant l’amélioration acoustique, M. Slama estime que le bâti ancien se prête mal à une approche performancielle : pour lui, il convient de concrétiser l’accumulation de connaissances et de retours d’expérience par des guides de solutions, et peut-être ouvrir la voix à ce qu’on appelle une réglementation par éléments. A noter que l’appel d’offres présenté par Pascal Lemonnier (PUCA) à la fin de cette journée est de nature à alimenter ce type de propositions. En effet, ce programme, qui vise à apporter des réponses opérationnelles aux enjeux de performance globale, consiste à éprouver un panel de solutions innovantes à travers 28 immeubles-supports correspondant aux typologies les plus fréquentes d’habitat en France. S’exprimant au nom de l’ingénierie en général, Frédéric Lafage (Groupement de l’ingénierie acoustique) a précisé que les différentes disciplines d’ingénierie ne collaborent jamais aussi bien que lorsque le maître d’ouvrage manifeste clairement, à travers l’appel d’offre, le besoin de voir représentées toutes les spécialités qui lui semble nécessaires. M. Lafage insiste également sur l’importance du suivi de la réalisation des travaux, et rejoint M. Slama sur le problème des responsabilités en réhabilitation où, selon lui, les aspects réglementaires s’appliquent de manière bien plus floue que dans le neuf.

Quelle suite à donner à cette journée ? Nous allons faire en sorte, avec l'ensemble des partenaires, qu’il puisse y avoir une suite à cette première rencontre. D’autres cas concrets doivent en effet être analysés, les différents systèmes constructifs doivent être examinés en détail, afin que soient élaborés des outils capables d’aider les opérateurs à être efficaces.

A noter qu'un numéro spécial de la revue Echo Bruit (à paraître début 2009) sera consacré au thème de cette journée.

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