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Impact sanitaire du bruit : où en est-on ?

Article créé le jeudi 14 octobre 2004

news 1059 prs brgs snL’agence française de sécurité sanitaire environnementale a dressé un état des lieux des connaissances sur « Les impact sanitaires du bruit ». Entre autres recommandations, l’agence préconise de compléter les indicateurs énergétiques imposés au niveau européen par une prise en compte de l’émergence du bruit, du nombre d’évènements sonores, et de la période pendant laquelle ils sont produits.

Sur saisine des ministères chargés de la santé et de l’écologie, l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (AFSSE) a dressé en mai dernier un état des lieux des connaissances en matière d’impact sanitaire de l’exposition au bruit. Il était également demandé à l'AFSSE d'évaluer la pertinence des indicateurs utilisés pour relier exposition au bruit et conséquences pour la santé. Nous répercutons ici une synthèse des principales recommandations qui concluent cette recherche. Les auteurs du rapport préconisent en premier lieu le lancement d'études approfondies afin d’améliorer les connaissances en matière d’impacts sanitaires de l’exposition au bruit, qu’il s’agisse des effets subjectifs ou des effets biologiques, en particulier dans le cas des populations dites sensibles. Sont ensuite émises des recommandations relevant de l’action des pouvoirs publics en matière de lutte contre les nuisances sonores : dispositifs de surveillance des impacts sanitaires du bruit, évaluation des politiques mises en place, simplification en matière de réglementation et de respect des valeurs limites des expositions sonores. Dans un troisième temps, les recommandations concernent les élus locaux, notamment en matière d’utilisation des documents d’aménagement et de planification urbaine, ainsi que dans le domaine des études d’impact liées aux projets d’infrastructures de transports. Le quatrième volet des recommandations propose des pistes de recherche et d’action aux professionnels de différents domaines : bâtiment, équipements urbains et routiers, constructeurs automobiles. Enfin, la dernière partie insiste sur l’information et la sensibilisation de l’ensemble de la population aux risques sanitaires liés à l’exposition au bruit.

INDICATEURS ET PROTOCOLE

La gêne est généralement l'unique indicateur sanitaire pris en compte; cependant, du fait de son caractère subjectif, cet indicateur sanitaire est insuffisant et les effets biologiques devraient être évalués de façon complémentaire. La définition d’un protocole unifié d’analyse audiologique devra être défini à l’échelon international et devrait permettre une meilleure exploitation des recherches épidémiologiques.

EFFETS BIOLOGIQUES ET OUTILS

Les effets biologiques sont très difficiles à estimer. Concernant les effets auditifs, des moyens doivent être donnés aux chercheurs pour qu’ils puissent développer des outils de diagnostic fiables pour faciliter un dépistage en amont. L’étude prospective actuellement menée en milieu militaire, avec des outils d’exploration fonctionnelle objectifs plus fins que ne l’est l’audiométrie tonale classique, doit de son coté être étendue au reste de la population. Les effets extra auditifs sont, quant à eux, mal connus encore aujourd’hui et il est difficile de savoir quelle est la part liée au bruit dans le risque cardiovasculaire des populations. S’impose ainsi le besoin de confirmer ces effets par l’étude de populations bien délimitées et dont les expositions au bruit seraient bien caractérisées. La tolérance au bruit pouvant varier sensiblement d’une culture à l’autre, il est aussi essentiel de montrer que, paradoxalement, une « tolérance élevée serait susceptible de conduire à des impacts plus importants en terme de santé publique ».

EXPOSITION, MULTI EXPOSITION, CO-EXPOSITION

Les travaux épidémiologiques actuels étant des études restreintes et anciennes, il convient de mener des études à la fois métrologiques et épidémiologiques sur l’exposition des populations aux basses fréquences. La multi-exposition – le cas le plus fréquent – rend les analyses complexes et les études menées en laboratoire ne permettent pas non plus d’évaluer les co-expositions (bruit + autre type de nuisance, comme les températures extrêmes par exemple). L’application automatique de niveaux ou de barèmes de risques est donc sujette à caution. Là encore se fait sentir la nécessité d’études des impacts sanitaires, du cumul des nuisances, de l’effet à long terme de l’exposition au bruit nocturne et de la diminution des performances scolaires liées au bruit dans les salles de classe.

INDICES DE BRUIT ET INDICATEURS DE SANTÉ

Les descripteurs acoustiques de l’exposition au bruit sont multiples et les indicateurs de bruits retenus dans la directive européenne 2002/49/CE relative au bruit de l’environnement ne traduisent pas de façon pertinente toutes les situations. Il est donc essentiel de : préciser systématiquement quelle catégorie d’indice est utilisée ; compléter, dans la réglementation française, les indicateurs énergétiques imposés par la directive, en tenant compte de l’émergence du bruit, du nombre d’évènements sonores, et de la période pendant laquelle ils sont produits ; reconsidérer et valider les pondérations du Lden retenues à ce jour pour les périodes de soirées et de nuit ; élaborer un indicateur acoustique urbain pertinent sur les périodes sensibles, le LAmax étant insuffisant ; faire élaborer par des acousticiens et des médecins un indicateur composite qui synthétiserait les paramètres de niveau énergétique total, d’émergence du bruit, du nombre d’évènements, et de la période d’émission du bruit. L’Afsse étend ses recommandations aux pouvoirs publics, à qui il reviendrait de : faire respecter les valeurs limites relatives à l’exposition au bruit ; faire des mesures du niveau d’exposition de la population ainsi que des marqueurs sanitaires directs et indirects ; intégrer les réductions des nuisances sonores dans la politique d’aménagement du territoire et de la ville ; informer et sensibiliser la population aux risques sanitaires liés au bruit ; développer un réseau institutionnel de surveillance incluant les services santé nationaux et locaux. faire remonter les données à l’Institut de veille sanitaire, qui pourrait piloter le dispositif de surveillance ; centraliser et simplifier la réglementation en matière de bruit qui est relativement complète mais très complexe ; accroître la protection des populations dites sensibles et renforcer les exigences pour les périodes de soirée et de nuit ; faire appliquer la réglementation en cours. Aux élus locaux, l’Afsse recommande : d’être davantage formés aux éléments acoustiques de l’aménagement urbain pour pouvoir utiliser de manière vraiment efficace les outils pertinents mis à leur disposition (loi Solidarité et développement urbain, Plan local d’urbanisme, Plan de déplacement urbain et permis de construire) ; d’utiliser l’expertise de leur pôle de compétence Bruit qui, avec des moyens d’action élargis, pourrait constituer un partenaire institutionnel incontournable en matière de prévention et de traitement des nuisances sonores ; d’utiliser le savoir faire d’acousticiens lors des études d’impact des projets dont la collectivité locale assure la maîtrise d’ouvrage. De leur coté, les professionnels sont appelés à sensibiliser les maîtres d’ouvrage et à parfaire la formation des maîtres d’œuvre en acoustique du bâtiment. Les travaux de réhabilitation sont, la plupart du temps, réalisés par les particuliers eux-mêmes et il est essentiel de mettre à leur disposition une information et des méthodologies simples et compréhensibles. La recherche dans le domaine des équipements doit aussi être encouragée, notamment à travers une étude sur les matériaux absorbants, les couches de roulement et les écrans acoustiques.

INFORMATION DU GRAND PUBLIC

Enfin, tous les individus n’étant pas égaux face au bruit, l’Afsse recommande une démarche « d’éducation au monde sonore » à destination du grand public et des populations sensibles. Avec pour objectifs la sensibilisation des enfants aux phénomènes vibratoires et sonores, l’information des jeunes sur les risques liés à l’écoute de la musique amplifiée, et l’initiation au respect d’autrui et au respect de la qualité de vie sonore.

Impacts sanitaires du bruit - État des lieux - Indicateurs bruit-santé - Agence française de sécurité sanitaire environnementale - Mai 2004 Jusqu’au 31 octobre 2004, l’AFSSE met en ligne sur son site internet, en version document de travail pour commentaire public, les résultats de ses travaux sur les impacts sanitaires du bruit : www.afsse.fr

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