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Des solutions pour améliorer le quotidien sonore : les conclusions du colloque

Article créé le vendredi 09 juillet 2004

L’opération « 1000 logements HLM insonorisés »

Développé en partenariat entre les ministères du Logement, de l’Environnement, l’Union nationale des fédérations d’organismes HLM (UNFO HLM), le CSTB et les industriels, le programme « 1000 logements HLM insonorisés » avait pour objectif d’étudier la faisabilité de la réhabilitation acoustique des logements. Le challenge proposé aux industriels consistait à concevoir des systèmes de doublage acoustique minces (DAM), performants et rapides à mettre en œuvre, adaptés aux contraintes de la rénovation dans l’habitat social. En effet, jusque là, les systèmes disponibles sur le marché dépassaient 10 cm d’épaisseur, ce qui les rendait difficilement utilisables dans des logements petits et bas de plafond. Le cahier des charges proposé aux fabricants s’établissait comme suit : une épaisseur maximale en place de 5 cm, un temps de montage (2 personnes) de deux journées par appartement, un coût inférieur à 3500 € par appartement. Des DAM plus faciles à mettre en œuvre ont donc été conçus par les sociétés Isover, Placoplatre, Knauf et Rockwool, et expérimentés dans plusieurs chantiers à travers toute la France. A noter qu’avant travaux, une étude acoustique par un bureau d’études spécialisé a été systématiquement conduite. Pour des raisons de conditions opérationnelles défavorables, le système conçu par la société Knauf n’a pu, à ce jour, bénéficier d’un projet d’expérimentation. Avant et après travaux, des enquêtes sociologiques ont été conduites (mise en évidence de la demande des locataires, appréciation de leur satisfaction après travaux), ainsi que des mesures acoustiques.

Satisfaction : une quête difficile
L’objectif, tel que défini par le comité de pilotage de l’opération, n’était pas d’atteindre les exigences fixées par la réglementation propre à l’habitat neuf(RA 2000), mais d’améliorer l’acoustique de telle manière que les résidents soient satisfaits. De manière paradoxale, c’est, en simplifiant, le contraire qui s’est produit : très souvent, les niveaux réglementaires étaient atteints, mais la pleine satisfaction des occupants des logements, elle, était moins souvent au rendez-vous. Comment s’explique cette contradiction ? D’une part, le bruit est trop complexe pour être réduit à la seule question du niveau sonore effectif. D’autre part, les travaux ayant été réalisés dans des logements occupés, le désagrément occasionné est largement susceptible d’avoir influé sur le score de satisfaction final des résidents. Il faut savoir que pour une bonne part des projets, on a profité des travaux de réhabilitation acoustique pour rénover l’électricité ou remplacer les fenêtres. Ce bilan mitigé sur la satisfaction des occupants est donc à mettre en partie sur le compte des grandes difficultés rencontrées par les opérateurs dans l’explication du contenu de l’opération. Dans le cadre d’une réhabilitation, il est difficile de faire passer le message « On va atténuer un peu le bruit ». Beaucoup pensaient ne plus rien entendre du tout, d’où leur déception à l’arrivée. Même la réglementation française dans le logement neuf, sans doute la plus sévère en Europe, laisse passer les bruits du voisin très bruyant.

On peut s’autoriser à penser qu’en cas de renouvellement des occupants, les nouveaux acquéreurs ou locataires auront davantage de potentiel de satisfaction sur le plan de la qualité acoustique, dans la mesure où ils s’installent dans un logement aux caractéristiques acoustiques acceptables sans les préjugés introduits par les vicissitudes des travaux de réhabilitation.

Habitat occupé
Une telle opération de réhabilitation dans de l’habitat occupé a nécessité une certaine subtilité d’approche entre les équipes de mise en œuvre et les occupants. Par exemple, l’impératif d’occasionner le minimum de poussière a rapidement obligé les équipes à abandonner la pratique consistant à désolidariser les parois légères en haut de cloison (la brique plâtrière fait beaucoup de poussière). Il a donc fallu privilégier les solutions ne nécessitant pas le sciage en tête des parois légères.

La bonne surprise
Les gains en termes d’isolation entre logements aux bruits aériens se sont avérés satisfaisants, surtout dans la gamme de fréquences de la voix humaine. En gros, si les conversations ou la radio restent audibles à travers la cloison séparative, l’intelligibilité est totalement supprimée. Mais la vraie bonne surprise est venue des performances d’isolement des DAM aux bruits d’impact entre logements superposés : le gain minimum s’est situé autour de 15 dB. Information intéressante, car la meilleure stratégie avec les bruits d’impact réside dans le traitement du revêtement de sol du logement situé au dessus. Mais, dans la quasi totalité des cas, les occupants du logement incriminé sont très réfractaires à l’idée de changer leur revêtement de sol. Les résultats de cette opération nous apprennent que les DAM permettent de traiter les bruits d’impact en intervenant chez soi, avec une bonne chance de succès. Tant pour les HLM que pour les copropriétés, c’est une avancée conséquente. On sait en effet que, dans le neuf, nombre de copropriétaires s’empressent de remplacer la moquette initiale par du parquet ou du carrelage, au détriment des qualités acoustiques de leur plancher. Les DAM constituent une solution, certes peu légitime, dans la mesure où ce serait alors la personne incommodée qui financerait les travaux d’isolation, mais, néanmoins, techniquement intéressante.

Autre satisfaction : malgré le fait qu’il s’agissait d’une expérimentation, donc loin de conditions de mise en œuvre idéales, bien rôdées, les solutions conçues par les fabricants sont restées dans une fourchette de coût acceptable, celle prévue par le cahier des charges initial.

L’opération est globalement satisfaisante : elle avait pour point de départ une volonté des pouvoirs publics de développer des solutions d’amélioration acoustique de l’habitat social ; les fabricants ont joué le jeu, ont conçu des systèmes répondant au cahier des charges initial, tant sur le plan technique qu’économique. Ce programme, maintenant interrompu faute de financement, a permis de montrer que le doublage acoustique mince améliore significativement, avec un encombrement réduit (5 cm d'épaisseur), l'isolation acoustique des parois faible performance séparant deux pièces d'un même logement, deux logements mitoyens ou superposés.

Les solutions des fabricants
Isover propose le système Optima Sonic : ossature métallique composée de lisses clip en partie basse et haute ainsi que des fourrures verticales ; parement plaque de plâtre d´épaisseur 12,5 mm en version standard ou spéciale ; isolant en panneau semi-rigide Soniroll 28 à hauteur d´étage (épaisseur 28 mm, largeur 1.20 m).

BPB Placo propose le système Placosilence : complexe associant une plaque de parement en plâtre à bords amincis BA 13 et un panneau de mousse de polyether graphite (Immotus) vissés sur une ossature spécifique en profilés d'acier galvanisé, elle-même fixée directement sur les parois supports.

Rockwool a proposé un système composé d’une plaque de Fermacell (gypse et fibre de cellulose) de 10 mm d’épaisseur associée à un doublage de laine de roche Rockwool de forte densité et d’épaisseur 30 mm. La fixation mécanique est assurée par des suspentes et des cavaliers acoustiques. Les doublages sont vissés sur fourrure métallique.

Ce compte-rendu est largement inspiré de l’allocution de conclusion proposée par Daniel Fritsch, adjoint au sous-directeur de la qualité de la construction à la Direction générale de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction, et principal « porteur » de cette opération.

Le numéro 107 de la revue Echo Bruit, qui paraîtra en septembre, consacrera un dossier spécial aux doublages acoustiques minces.

Réduire les nuisances sonores dans les communes

L’après-midi était consacrée à la présentation, notamment par des élus locaux, de cas concrets venant illustrer la faisabilité technique et économique d’opérations de réhabilitation acoustique du patrimoine communal et leur intégration dans une démarche plus générale de qualité environnementale des bâtiments. Pascale Loget, adjointe au maire de Rennes, vice-présidente de la Région Bretagne et chargée de l’Agenda 21 (programme d’actions pour le développement durable pour le 21èmesiècle), a présidé une partie des débats de cette demi-journée. S’appuyant sur la présentation de la politique menée à Rennes en matière de gestion du bruit,elle a convenu de l’importance de fournir des efforts en matière d’amélioration acoustique des logements. Mais elle a aussi rappelé la nécessité impérative d’intégrer cette problématique dans l’ensemble des préoccupations inhérentes au développement durable. En tant qu’élue, elle a appelé de ses vœux des matériaux de construction performants à la fois sur le plan de l’acoustique, de l’efficacité énergétique et des vertus écologiques. Le cycle de vie des matériaux, leur impact environnemental, leur bilan énergétique, sont d’ailleurs des préoccupations croissantes chez les usagers. Selon Pascale Loget, par ailleurs, les secteurs des transports et de la construction restent les deux mauvais élèves des engagements sur la réduction des gaz à effet de serre, contrairement aux activités industrielles, qui ont réussi à réduire de 17% les niveaux émis par rapport au niveau des années 90. Enfin, l’élue rennaise a souligné qu’en matière de bruits de comportement, les solutions technologiques ont leurs limites. Sur ce point, elle a rappelé l’importance de la médiation et de la participation des habitants. Entre autres mesures, un budget a été créé autour de la médiation de quartier, notamment pour faciliter la formation, et l’élaboration de chartes de voisinage a été encouragée.

Serge Lepeltier, le ministre de l’Ecologie et du Développement durable, est intervenu à l’occasion de cette journée. Rappelant l’importance de la qualité acoustique des constructions, il a notamment signalé que la réhabilitation acoustique de l’habitat, qu’il s’agisse de logement social comme de copropriétés, s’inscrivait en droite ligne du plan de cohésion sociale que Jean-Louis Borloo est en train d’élaborer.

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