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Coût social du bruit en France : 57 milliards d’euros par an !

Article créé le mardi 14 juin 2016

Cout-social-du-bruit-en-France-250-350Le Conseil National du Bruit a inscrit dans son programme de travail le sujet de « l’approche économique du bruit » et notamment l’évaluation des coûts induits par le bruit. Dans ce cadre, une étude a été confiée au cabinet EY (anciennement Ernst &Young), financée par l’ADEME. Elle a été rendue publique le 14 Juin 2016.

La méthodologie de cette étude repose sur une analyse critique des travaux disponibles à l’échelle française et européenne : études scientifiques, études technico-économiques, enquêtes et sondages auprès des populations, articles de presse… A partir de cette base, une description des coûts sociaux directs et indirects des principales sources de nuisances sonores (transport, voisinage, milieu professionnel) est réalisée, puis une traduction économique de chaque poste de coût lorsque des données le permettent.

 

Près de 9 millions de personnes en France fortement exposées au bruit des transports

En ce qui concerne les transports terrestres, 7 millions d’individus sont exposés à de forts niveaux sonores (dépassant 65 dB(A) en Lden) provenant du trafic routier et 1 million à des niveaux similaires dus au bruit du trafic ferroviaire. 

En ce qui concerne le trafic aérien, 500 000 personnes sont exposées à des niveaux considérés comme critiques (supérieurs à 55 dB(A) en Lden , seuil retenu pour la délimitation des plans de gêne sonore autour des grands aéroports).

 

Un coût sur la santé du bruit des transports s’élevant à 11,5 milliards d’euros par an en France, dont 89% induit par le trafic routier

 Les études de référence publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2011, 2012 et 2013 sur la quantification des impacts sanitaires du bruit des transports et leur valorisation économique ont permis de mettre à disposition des données de coûts sanitaires par individu pour la gêne, les troubles du sommeil et autres effets sur la santé, par mode de transport et par niveau de bruit.

La méthode de l’OMS repose sur l’utilisation de fonctions dose-effet, ce qui est typique dans ce type d’exercice, mesurant la relation entre l’exposition à un agent (ici, le bruit) et ses effets (les impacts sanitaires).

La méthodologie de l’OMS, appliquée aux statistiques des expositions au bruit de la population française pour les différents modes de transport, a ainsi permis d’estimer un coût sur la santé en France d’environ 11,5 milliards d’euros chaque année : 89% imputables au trafic routier, 9% au trafic ferroviaire (9%) et 2% au trafic aérien.

Les troubles du sommeil représentent l’impact le plus fort (54% du coût total sur la santé), devant la gêne (40%) et les maladies cardiovasculaires (6%). Il est à noter que les effets du bruit en termes de maladies cardiovasculaires se sont limités à la quantification des impacts de l’exposition au bruit routier, ce qui est un facteur de sous-estimation probablement important.

 

D’autres conséquences potentiellement significatives du bruit des transports, pour un montant de plus de 9 milliards d’euros

La perte de valeur immobilière induite par le bruit des transports a jusqu’à présent fait l’objet d’analyses sur des périmètres limités, comme celui du voisinage de l’aéroport d’Orly. L’extrapolation des résultats de cette étude à l’échelle nationale permet d’avancer une estimation grossière de près de 7,1 milliards d’euros de décote annuelle sur le parc immobilier résidentiel en France.

La présente étude fournit quelques estimations purement indicatives d’autres conséquences indirectes du bruit des transports, à partir de travaux menés à l’étranger sur des périmètres plus larges. Ainsi, les troubles du sommeil entrainés par le bruit des transports pourraient coûter environ 2 milliards d’euros chaque année en France, dont 1,7 milliards d’euros de pertes de productivité au travail et 300 millions d’euros de troubles de l’apprentissage à l’école.

 

Les accidents du travail et la surdité provoqués par le bruit en milieu professionnel coûtent chaque année de l’ordre de 1,2 milliards d’euros

La surdité professionnelle a particulièrement été étudiée durant les années 1980 ; à partir de chiffres de coûts par individu issus de cette période, actualisés afin de tenir compte de l’inflation et multipliés par les 822 nouveaux cas de surdité professionnelle recensés en 2014, le coût social peut être estimé à 85 millions d’euros chaque année.

Le coût social des accidents du travail liés au bruit (masquage des signaux d’alerte, détournement d’attention) peut quant à lui être estimé à 1,1 milliards d’euros. Ce chiffre est basé sur une étude du Ministère des Affaires Sociales de 1983, selon laquelle 10% des accidents du travail seraient provoqués par des nuisances sonores sur le lieu de travail.

 

Le bruit en milieu professionnel ou scolaire provoque probablement des pertes économiques bien plus conséquentes

D’après une étude de Malakoff Médéric, 58% des salariés en France se disent exposés au bruit, soit environ 14 millions de personnes. Les salariés qui travaillent dans le bruit  sont 80 % à déclarer avoir un travail nerveusement fatiguant (contre 70 % en moyenne) et 72 % à déclarer avoir un travail physiquement fatigant (contre 47 % en moyenne).

Si les travaux sur les coûts sociaux du bruit permettent d’affirmer que le bruit au travail est source de gêne et de perturbation et affecte la productivité (baisse de performance dans les tâches cognitives, dégradation de la satisfaction au travail, perte de concentration), aucune étude n’est parvenue à quantifier l’impact économique final.

En ce qui concerne les conséquences du bruit en milieu scolaire, en supposant, en l’absence de valeur issue de la littérature, que 20% de la part du décrochage scolaire soit expliquée par les nuisances sonores, le coût social du bruit en salle de classe serait de l’ordre de 6 milliards d’euros par an.

 

Le bruit du voisinage, un phénomène conséquent mais dont le coût social n’est pas mesuré

Le bruit de voisinage figure parmi les bruits les plus durement ressentis par les Français, comme en atteste le sondage « Les Français et les nuisances sonores » publié en septembre 2014 par l’IFOP. Les personnes interrogées citent les bruits de voisinage comme la nuisance sonore la plus gênante à leur domicile avec la même occurrence que le bruit des transports.

Ce résultat permet, par un raisonnement par analogie, d’estimer à titre indicatif le coût social du bruit du voisinage, à partir des estimations disponibles pour le bruit des transports. La gêne, les troubles du sommeil et les autres impacts sur la santé (maladies cardiovasculaires) entrainés par le bruit du voisinage provoqueraient ainsi un coût social de l’ordre de 11,5 milliards d’euros chaque année en France.

 

Au total donc, les pollutions sonores pourraient donc coûter en France environ 57 milliards d’euros chaque année, avec des inconnues qui justifient d’approfondir les connaissances sur le sujet et qui laissent supposer que ce chiffre est susceptible d’évoluer à la hausse.

 

Lors de la présentation de cette étude au conseil National du Bruit (CNB), il a été mentionné que le coût social du bruit s’élevant à plus de 57 milliards d’ euros par an pouvait être comparé au budget de l’Education Nationale qui s’élève, lui, à 65 milliards d’euros chaque année. Ce coût correspondrait également à 3% du PIB en 2016 (le PIB s’élevait à 2085 milliards d’euros pour l’année 2015 en France).

 

Télécharger le Rapport CNB - ADEME "Cout social des pollutions sonores" - Mai 2016 (format pdf)

 

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