
Après Notre-Dame-des-Landes, quel avenir sonore pour l’aéroport Nantes-Atlantique ?
La Cour des comptes et la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire ont conduit en 2024-2025 une enquête commune sur la situation de l’aéroport de Nantes-Atlantique après l’annonce de la décision d’abandon du projet d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes par le Premier ministre le 17 janvier 2018.
La construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes devait intervenir dans le cadre d’un contrat de concession signé en 2010 entre l’État et la société Aéroports du Grand Ouest (AGO). Son équilibre reposait sur la construction et l’exploitation du futur aéroport par le concessionnaire de l’aéroport historique de Nantes-Atlantique : les travaux initiaux étaient financés en partie par les produits de ce dernier dont l’exploitation commerciale devait ensuite cesser. En l’absence de résiliation effective, ce contrat s’applique encore aujourd’hui, et ce, jusqu’à la signature d’une nouvelle concession. Elle était prévue à l’origine pour décembre 2021, mais l’échec d’un premier appel d’offres en 2023 a repoussé cette échéance à fin 2026.
Dans ce contexte, la décision de renoncer au projet a fortement affecté l’exécution d’un contrat de concession et par ailleurs créé une situation d’incertitude et de crainte. Cela tient notamment à l’inadaptation de l’aéroport de Nantes-Atlantique à la dynamique du territoire ainsi qu’aux nuisances liées à la présence d’un aéroport dans l’agglomération nantaise. Pour y répondre, l’État a mis en place depuis 2024 des mécanismes complexes de concertation régulière entre les services de l’État, les élus locaux, les services des collectivités et les riverains.
L’État a également répondu aux craintes en annonçant, à la fin de 2019, un important train de mesures compensatoires visant à protéger les riverains contre les nuisances. La mesure la plus emblématique pour le territoire est le couvre-feu. Ce dispositif a fait baisser significativement le nombre de vols de nuit entre 2019 et 2024 mais son application est encore perfectible. L’adoption récente d’un deuxième plan de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE) a synthétisé en un seul document l’essentiel des mesures visant à réduire les nuisances. Les mesures de protection de la population sont nombreuses et parfois peu lisibles d’un document stratégique à l’autre. À cet égard, la crédibilité des objectifs annoncés dans le plan de prévention des bruits et les cartes stratégiques de bruit est un enjeu déterminant de l’acceptabilité du réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique dans le cadre de la future concession.
L’exploitation de l’aéroport actuel est également délicate en raison des multiples contraintes liées à l’inadaptation de l’équipement à un trafic qui a atteint 7 millions de, passagers en 2024. En l’absence de réaménagements d’ampleur, l’exiguïté des terminaux passagers ou encore le manque de places de parking compliquent la gestion des pics d’activité et sont notamment à l’origine de la multiplication des stationnements sauvages sur le territoire des communes environnantes. Ces constats rendent donc nécessaire la conclusion dans les meilleurs délais du nouveau contrat de concession dont l’appel d’offres est en cours.
La décision d’abandon de la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes a également ouvert de nouvelles perspectives pour la gestion des emprises foncières destinées à ce projet (1 425 ha). L’attribution de ces parcelles et la définition de leur régime d’occupation représentaient un enjeu crucial, compte tenu de l’existence d’occupations irrégulières et de troubles à l’ordre public.
Dans ce contexte, la rétrocession par l’État au département de Loire-Atlantique de la plupart des parcelles s’est doublée d’un projet agricole et environnemental (PAE) visant à promouvoir une agriculture performante et durable pour protéger les écosystèmes. Des baux ruraux à clauses environnementales ont ainsi été conclus avec les occupants mais leur respect doit être mieux assuré. Enfin, si cette organisation a permis de normaliser efficacement les occupations irrégulières, certains conflits d’usage subsistent.
À l’issue de cette enquête, la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes Pays de la Loire formulent les recommandations suivantes :
- procéder à un bilan de l’exécution du couvre-feu à Nantes-Atlantique ; évaluer notamment l’opportunité, à droit constant, de recourir davantage aux oppositions a priori et de supprimer les tolérances accordées ;
- mettre chaque année à disposition du public un bilan de l’impact des mesures compensatoires sur la trajectoire de réduction des nuisances sonores telle que définie par le PPBE et les cartes stratégiques du bruit ;
- assurer la compatibilité des occupations avec les orientations du projet agricole et environnemental dans le périmètre de l’ex-emprise aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes.
Source : « L’aéroport de Nantes-Atlantique après l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes », Cour des comptes Pays de la Loire, 29 novembre 2025.