
Paris‑CDG : vers un baromètre annuel des mesures contre le bruit
Le groupe Aéroports de Paris (ADP) dresse le bilan de sa concertation publique qui s’est tenue durant l’été 2025.
Cette concertation publique volontaire a eu pour résultat de recueillir les avis des riverains, salariés, usagers et autres parties prenantes. L’objectif était d’ajuster le plan initial selon les retours et priorités locales. Plus de 20 000 avis et contributions recueillis à travers 55 rencontres publiques démontre un niveau de mobilisation élevé. Une attente forte ressort de manière récurrente, celle de la réduction des nuisances sonores.
ADP prend de nouveaux engagements et promet :
- d’amplifier le mécanisme de modulation des redevances aéroportuaires pour accélérer le renouvellement des flottes en prenant en compte l’impact environnemental (prévu en 2027) ;
- de donner « un coup d’accélérateur » sur les mesures de lutte contre le bruit avec la publication d’un baromètre annuel, pour plus de transparence sur ce qui est mis en place et les effets produits (prévu en 2026) ;
- de renforcer l’information du grand public sur les trajectoires et le bruit associé par la mise à disposition d’un nouvel outil pédagogique qui remplacera l’obsolescent « Vitrail » (prévu en 2026).
En revanche, ADP confirme qu’à ce jour, aucun plafonnement au niveau du trafic ou couvre-feu n’est prévu. Le gestionnaire aéroportuaire estime que c’est à l’Etat de prendre ce type de décision, et se considère comme « pionnier » en matière de lutte contre les nuisances sonores.
Les nuisances sonores au cœur d’une enquête régionale de Bruitparif
Depuis un an et avec le soutien de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), l’association Bruitparif mène une enquête approfondie, appelée Cogen’air, auprès de volontaires vivant près de zones aéroportuaires en Île-de-France, dont Roissy et Orly. Les effets du bruit des avions sur la santé et le bien-être sont reconnus comme importants, mais encore difficiles à mesurer précisément au niveau individuel (sommeil perturbé, stress, etc.). Cette enquête permet d’associer mesures acoustiques objectives avec données subjectives fournies par les habitants eux-mêmes. L’implication de l’Anses apporte une expertise sanitaire pour éclairer les liens entre bruit, santé et qualité de vie.
Un pouvoir d’action renforcé par une nouvelle collaboration puisque depuis cet été, l’Autorité de contrôle des nuisances aériennes (Acnusa) et Bruitparif sont liés par une convention cadre trisannuelle (2025-2028) de partenariat technique renforcé. Le but ? Améliorer la caractérisation des nuisances sonores aéroportuaires et faciliter la mise en œuvre, par les aéroports et les collectivités, d’actions concrètes réduisant l’exposition au bruit des populations. La haute autorité et l’observatoire régional partageront leurs données, développeront ensemble des techniques d’observation, et mèneront des actions pédagogiques auprès des parties prenantes.
Le Cerema a mené une étude pour l’Acnusa sur l’élaboration d’indicateurs acoustiques événementiels du bruit des transports aériens
L’étude a été menée en réalisant tout d’abord une bibliographie portant sur la génération et la propagation du bruit aérien, sur sa perception et enfin sur les effets sanitaires qu’il peut engendrer. Cette bibliographie a permis d’établir une liste des indicateurs existants, pouvant être divisés en 5 familles. A noter cependant que seules 2 familles d’indicateurs sont utilisées pour réglementer le bruit aérien. Par ailleurs, bien que les évolutions technologiques impliquent une diminution du niveau sonore émis par chaque avion et une modification de la répartition fréquentielle de l’énergie, il n’est pas possible d’observer ces changements au travers des indices réglementaires, puisqu’en simultané le trafic aérien augmente. Ainsi, la bibliographie a permis de mettre en avant le besoin de compléter les indicateurs de niveau sonore (indicateurs réglementaires) avec d’autres indicateurs, le besoin de mesurer et de prévoir les évolutions technologiques du bruit aérien et enfin le besoin d’améliorer l’évaluation des impacts sanitaires du bruit, notamment par la prise en compte des facteurs non-acoustiques.
Dans un second temps, afin d’évaluer les relations entre familles d’indicateurs, trois jeux de données acoustiques ont été analysés. Cette analyse a montré que les indicateurs de niveau sonore peuvent être associés aux indicateurs basses fréquences et à la durée de l’événement, pour améliorer la description du bruit événementiel aérien. En ce qui concerne les indicateurs agrégés à la journée, les indicateurs de niveau sonore peuvent être associés aux indicateurs de nombre d’événements, pour améliorer la description des situations d’exposition.
Enfin, plusieurs recommandations sont formulées pour la poursuite de ces travaux :
- préciser clairement le besoin d’un indicateur ou d’un indice selon les utilisateurs et l’utilisation qui en sera faite ;
- réfléchir à la présentation / représentation du ou des indicateur(s), en fonction de l’utilisation et des utilisateurs visés ;
- mener de nouvelles campagnes de mesures acoustiques, pour permettre le calcul des indicateurs exclus ici (à savoir les indicateurs de tonalité et les indicateurs psycho-acoustiques) ;
- idéalement, mener en parallèle une étude sanitaire ou une enquête, en s’intéressant en particulier aux facteurs non-acoustiques (de contexte et individuel) ;
- et développer une application de recueil des plaintes, en construisant un questionnaire similaire à celui d’une enquête, afin de pouvoir suivre en temps réel les situations et tester le(s) indicateur(s) retenu(s).
Sources :
- Bilan de concertation – groupe ADP
- Le projet Cogen’air - Bruitparif – janvier 2025
- Mise en place d’un partenariat renforcé entre l’Acnusa et Bruitparif – Bruitparif - 12 août 2025