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Confort d'été : comment dormir quand il faut choisir entre la chaleur… et le bruit ?

Les épisodes de canicule se multiplient et deviennent plus intenses. Pour rafraîchir les logements, les réglementations thermiques misent largement sur la ventilation naturelle nocturne par ouverture des fenêtres. Mais que faire lorsque le bruit extérieur empêche précisément d'ouvrir ces fenêtres ? Dans de nombreux logements urbains, les habitants sont confrontés à un choix impossible : souffrir de la chaleur ou du bruit. Cette réalité interroge la manière dont nous concevons aujourd'hui les bâtiments neufs.

La ventilation naturelle : une hypothèse de plus en plus fragile

Depuis la RT2012, puis avec la RE2020, les bâtiments neufs sont conçus pour être toujours mieux isolés thermiquement et plus étanches à l'air. Cette évolution a permis de réduire fortement les besoins de chauffage en hiver. En été, la philosophie retenue est différente : plutôt que de favoriser le recours à la climatisation, la réglementation privilégie des solutions dites passives. Protections solaires, inertie des bâtiments, ventilation nocturne, traversée d'air des logements sont autant de leviers destinés à limiter la montée en température des logements. Cette approche repose cependant sur une hypothèse implicite : les occupants peuvent ouvrir leurs fenêtres la nuit. Or, cette hypothèse est loin d'être toujours vérifiée.

Une double peine pour les logements exposés au bruit

Dans les secteurs proches d'infrastructures routières, ferroviaires ou aéroportuaires, mais aussi dans de nombreux centres urbains, ouvrir les fenêtres pendant la nuit revient souvent à faire entrer des niveaux sonores incompatibles avec le sommeil.
Les occupants se retrouvent alors face à un dilemme particulièrement inconfortable :

  • garder les fenêtres fermées et subir une température parfois supérieure à 30 °C dans les chambres ;
  • ouvrir les fenêtres pour tenter de rafraîchir le logement, mais renoncer à un sommeil de qualité en raison du bruit.

Cette situation risque de devenir de plus en plus fréquente avec l'intensification des épisodes de canicule.

Une réglementation acoustique pensée… fenêtres fermées

Ce paradoxe met en lumière une limite importante de la réglementation actuelle. Les exigences acoustiques applicables aux constructions neuves sont établies fenêtres fermées. Les objectifs réglementaires d'isolement de façade sont atteints lorsque les menuiseries sont closes. Cette logique était parfaitement cohérente lorsque les périodes de fortes chaleurs restaient ponctuelles. Aujourd'hui, les besoins évoluent. Lorsque le confort d'été dépend largement de l'ouverture nocturne des fenêtres, il devient indispensable de s'interroger sur la compatibilité entre cette stratégie thermique et l'environnement sonore réel du futur bâtiment.

Une question encore rarement étudiée

Avant la construction d'un bâtiment, les études thermiques simulent généralement le comportement du logement pendant l'été. Dans ces simulations, il est fréquent de considérer que les fenêtres seront ouvertes la nuit afin d'assurer le rafraîchissement. En revanche, il est encore très rare d'évaluer si cette ouverture sera réellement compatible avec l'environnement sonore du site. Pourtant, cette question devrait devenir systématique. Une habitation peut parfaitement satisfaire toutes les exigences réglementaires en matière d'acoustique et de performance énergétique, tout en restant très difficile à vivre pendant les périodes de canicule. Il serait donc pertinent de généraliser, dès la conception des projets, une véritable analyse d'éligibilité à la ventilation naturelle, prenant en compte les nuisances sonores existantes mais aussi celles susceptibles d'apparaître dans l'avenir (pompes à chaleur, installations techniques, équipements de ventilation, nouveaux aménagements urbains, etc.).

Les OVNA : une réponse intéressante… mais pas universelle

Pour répondre à cette problématique, plusieurs équipes de recherche travaillent sur des solutions innovantes. Le bureau d'études LASA, à l'origine du concept des ouvrants de ventilation naturelle acoustiques (OVNA, système associant deux ouvrants décalés latéralement et séparés par un piège à son, pour laisser passer l’air mais pas le bruit) développé dans le cadre de ses travaux de R&D , mène aujourd'hui sur certains projets de construction neuve des études destinées à vérifier si les OVNA seraient réellement efficaces compte tenu de l'environnement sonore et des données climatiques du futur bâtiment. Les OVNA constituent une piste particulièrement intéressante puisqu'ils permettent d'améliorer la ventilation tout en limitant la transmission du bruit. Ils ne constituent toutefois pas une solution universelle. Lors des épisodes de canicule les plus sévères, lorsque les températures nocturnes restent très élevées, l'air extérieur n'est alors plus suffisamment frais pour assurer un rafraîchissement efficace, même avec une ventilation optimisée. Dans ces situations, la ventilation naturelle atteint ses propres limites.

Concevoir dès aujourd'hui les bâtiments du climat de demain

Les climatologues annoncent que le climat de nombreuses régions françaises pourrait progressivement se rapprocher de celui que connaît aujourd'hui le sud de l’Espagne. Cette perspective conduit de nombreux spécialistes du bâtiment à repenser les stratégies de conception. L'objectif n'est pas de généraliser la climatisation, mais d'adopter une approche graduée combinant plusieurs solutions complémentaires :

  • une conception bioclimatique adaptée ;
  • une protection solaire performante ;
  • une inertie thermique lorsque celle-ci est pertinente ;
  • une ventilation naturelle lorsque les conditions acoustiques le permettent réellement ;
  • des ouvrants acoustiques ou des dispositifs spécifiques lorsque le bruit constitue la principale contrainte ;
  • des brasseurs d'air dans certaines situations ;
  • et, lorsque cela devient indispensable, un système de rafraîchissement dimensionné de manière raisonnée.

Tous les logements n'ont pas les mêmes besoins. Un appartement traversant bénéficiant d'un environnement calme pourra souvent se passer de climatisation. À l'inverse, un logement situé sous toiture, fortement exposé au soleil ou au bruit, nécessitera parfois un système actif de rafraîchissement pour garantir un confort acceptable lors des épisodes extrêmes.

Mieux articuler acoustique et confort d'été

Le confort d'été ne dépend pas uniquement des performances thermiques d'un bâtiment. Il dépend également de son environnement. À l'heure où les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, l'acoustique ne peut plus être considérée comme une problématique indépendante des questions énergétiques. La possibilité réelle d'ouvrir les fenêtres pendant la nuit devrait devenir un critère de conception à part entière. Car un logement performant n'est pas seulement un logement qui consomme peu d'énergie. C'est aussi un logement dans lequel ses occupants peuvent dormir, même pendant les nuits les plus chaudes.

Une question sur le bruit ?