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La désinformation sur le bruit

Face à la montée des discours erronés en matière de santé, le ministère de la Santé et de l’Accès aux soins a organisé le vendredi 18 avril 2025 un colloque intitulé « Lutte contre l’obscurantie et la désinformation en santé », avec pour objet d’affirmer une position politique forte en faveur de la science et de lancer les travaux collectifs correspondants. Thierry Mignot, acousticien et expert national agréé par la Cour de cassation, signe pour nous une tribune libre sur la désinformation dans la lutte contre le bruit. 

Face à la montée des discours erronés en matière de santé, le ministère de la Santé et de l’Accès aux soins a organisé le vendredi 18 avril 2025 un colloque intitulé « Lutte contre l’obscurantisme et la désinformation en santé », avec pour objet d’affirmer une position politique forte en faveur de la science et de lancer les travaux collectifs correspondants.

Par ailleurs, la santé mentale a été distinguée par le gouvernement comme grande cause nationale de lannée 2025, avec parmi les objectifs prioritaires « le développement de la prévention ». La pratique de linstruction judiciaire des plaintes de bruit conduit à retenir la pertinence conjointe de ces deux actions devant lhypersensibilisation entretenue par les médias et la publicité, à travers une présentation fallacieuse visant à développer des attitudes anxiogènes et par la suite hostiles à légard de toute manifestation sonore.

Les aspects de la désinformation 

La désinformation sur les effets du bruit consiste à propager lidée que le décibel serait en quelque sorte un agent pathogène, avec pour conséquence de persuader la population que lexposition aux ondes sonores est par elle-même nocive. À linstar de France Bleu, dans une publication du 13 juillet 2020 intitulée « Le bruit, cet ennemi invisible», la plupart des médias stigmatisent ainsi le bruit : « Il accompagne nos vies citadines de façon de plus en plus intense. Il nous suit au travail, chez nous ou dans nos loisirs. Le bruit est partout et il a de réelles conséquences sur notre santé. » Ou suivent lexemple de la revue Cerveau&Psycho avec le titre : « Le bruit : quel impact sur notre cerveau ? » : « Vous entendez ? Le râlement sourd de votre Frigidaire ou du chauffage, le vrombissement des voitures. Au travail, les conversations des collègues, limprimante, les téléphones. Dehors, la rumeur du bus ou du métro, le chantier de rénovation de lavenue. Sur vos oreilles, le hurlement des écouteurs. Le bruit est partout… » Ou encore lors de la présentation dun colloque sur laudition : « Car de nos jours, le bruit est partout, et ce volume sonore omniprésent est à lorigine de bien des déficiences et pathologies auditives, comme des pertes auditives, acouphènes et autres. Et cela concerne toutes les tranches dâge ! »

Pour contrer la prédiction corruptive du médecin et microbiologiste Robert Kochiv en 1905, selon laquelle « le jour viendra où l’homme devra combattre le bruit aussi inexorablement que la peste ou le choléra », le professeur François Raveau, président de la commission scientifique Bruits et Vibrations du ministère de lEnvironnement, rappelait à juste titre que « le bruit nest pas une maladie ».

Lallégation abusive du bruit partout se trouve même portée à lencontre de sources de bruit coutumières ou naturelles, lesquelles sont désormais présentées comme dangereuses. Ainsi, en réponse à la question posée sur le bruit de la mer, le moteur de recherche Google prévient de sa dangerosité : « Protéger son audition à la plage Sur les côtes, les vents soufflent souvent à plus de 25 km/h, ce qui peut engendrer des niveaux sonores de 85décibels, seuils à partir duquel une exposition prolongée peut endommager laudition. »

De surcroît, la présentation récurrente du bruit par les médias ou la documentation commerciale fait lobjet dune altération insidieuse, puisque réduite au seul critère de lintensité sonore. Il est ainsi prétendu sur le site internet Tout sur lisolation que le bruit serait mesurable : « Dagréables à fatigants, voire nocifs, les bruits qui nous entourent peuvent être classés sur une échelle selon le niveau de décibels quils génèrent. » De même, le site Santé Magazine associe la qualité du sommeil à un seuil de décibels, en négligeant lappréhension cognitive de la source qui est par elle-même de nature à provoquer le réveil : « Un bruit nocturne supérieur à 35 dB peut perturber lendormissement et la qualité du sommeil. »

Le silence, au sens de labsence de son, nexistant pas dans la nature, une telle réduction numérique de lincidence du bruit ne peut assurément quengendrer de lanxiété, mais surtout conduit à négliger un impact délétère lorsque le trouble provient non pas du son en tant quentité physique mais de lappréhension négative de la source sonore et de la réaction consécutive de rejet.

La nécessaire distinction entre les sources 

Lamalgame de toute source sonore sous lentité monosémique dénommée bruit relève dun biais cognitif, dont la conséquence est pour le moins dommageable puisqu’elle conduit à en confondre les impacts sur la santé, en attribuant des pertes auditives au bruit du trafic, comme le suggère une affiche représentant un flot de voitures tandis que le colloque annoncé vise la prévention des traumatismes de louïe. Pour prétendre à une action prophylactique efficace contre le bruit, il conviendrait plutôt den cerner les différents effets.

  • L’effet lésionnel, lorsque l’intensité de l’onde sonore est forte au point d’occasionner des déplacements dynamiques des cellules ciliées ou de la membrane du tympan supérieurs à leurs limites d’élasticité ; avec pour conséquences des traumatismes passagers, voire irréversibles, de l’appareil auditif.
  • L’effet angoissant, lorsque le niveau sonore est suffisamment élevé et constant pour masquer l’environnement sonore proche et altérer ainsi la fonction primitive et essentielle de surveillance autour de soi, y compris durant le sommeil, en brouillant l’écoute et la communication ; on rappelle que l’ouïe est l’organe premier de vigilance, le seul capable de prévenir un danger à distance, derrière soi et dans l’obscurité.
  • L’effet perturbateur, lorsque la source sonore, quelle que soit son intensité, est jugée indésirable, voire menaçante, et suscite de ce fait un état d’inconfort qui engendre à la longue une réaction de stress.

On remarque que les traumatismes du système auditif sont provoqués par les activités musicales, professionnelles ou de loisirs requérant lusage de sources dintensité acoustique élevée, tandis que langoisse engendrée par le débordement de bruit relève plutôt de lexposition à des environnements spécifiquement bruyants alentours daéroports, bordure de voies à fort trafic routier ou ferroviaire, quartiers urbains animés à forte occupation dite récréative, de surcroît noctambule.

Les effets de lindésirabilité et la sensation de menace sonore apparaissent largement répandus et issus d’une multiplicité de sources de voisinage, résultant du comportement de personnes, danimaux, ainsi que du fonctionnement dappareils et déquipements de multiples natures.

Rappelons, suivant les résultats de létude du Credoc réalisée en Île-de-France en 2021, que les sources de nuisance sonore dont se plaint la population sont, pour les principales, dune part les transports pour 41,5 % des personnes et, dautre part, le voisinage pour 36,7 %, soit un impact assez comparable en matière de gêne exprimée.Il convient encore de retenir limportance du coût social du bruit de voisinage évalué à 11,5 milliards deuros par an suivant létude réalisée en 2016 par lorganisme Ernst&Young à la demande de lAdeme.De la sorte, leffet délétère du bruit de voisinage constitue un vrai problème de santé publique, et sa prise en compte est trop souvent délaissée au profit du bruit des transports, lequel sert en quelque sorte dalibi à laction publique.

La recherche scientifique sur les effets du son 

Lapproche des effets du bruit sur la santé à laide des seuls paramètres quantitatifs, tels que les décibels, reste largement répandue dans les milieux physicalistes, tandis que la recherche scientifique vient opportunément émettre des réserves quant à une telle interprétation et ouvrir dautres champs dinvestigation.Rappelons que certains chercheurs comme Kryter ou Miller soutiennent quil nexiste finalement que peu de preuves dune liaison causale entre lexposition sonore et les troubles de la santé au motif des multiples paramètres psychosociaux et environnementaux associés.

En retour, différents organismes comme lInsermxi confirment la possibilité dun certain nombre de pathologies imputables au bruit tout en reconnaissant cependant linsuffisance des recherches : « Outre les maladies cardiovasculaires, des signaux de plus en plus forts associent lexposition environnementale au bruit à dautres pathologies comme la dépression, les démences, certains cancers ou encore les troubles du métabolisme tels que lobésité et le diabète de type2 Pourtant, il manque encore des études au long cours sur de grands échantillons de population pour confirmer ces liens. » La publication sur les effets du bruit sur la santé par Olivier Blond, Fanny Mietlicki et Anne-Sophie Evrard vient confirmer linsuffisance des résultats détude : « Ces dernières années, de nombreuses études ont montré que le risque dhypertension artérielle semble augmenter avec le niveau de bruit, mais pas toujours de manière significative…»

Il apparaît bien certain quun certain nombre délucidations des mécanismes en action restent attendues, non pas seulement pour affiner le risque pathologique du bruit de lenvironnement, mais pour en identifier les facteurs et sans doute pour savoir distinguer limpact de lappréhension cognitive par rapport à lexposition à londe sonore en tant que phénomène physique mesurable.

Une telle prise en compte apparaît dautant plus décisive daprès les recherches de B.Morillon et de S.Baillet, lesquelles confirment à laide de mesures magnétoencéphalographiques que le cortex moteur aide à mieux entendre en anticipant la sensation par une excitation neuronale se propageant vers le cortex auditif ; une telle démonstration contribue ainsi à confirmer que limpact cognitif de la source est indissociable des modalités dappréhension du bruit et que le domaine de la physio-acoustique ne peut se trouver confondu, comme cest encore le cas dans lapproche mécaniciste, avec celui de la psychoacoustique. En lespèce, la désinformation quil convient de dénoncer relève bien du discours techno-décibélateur des médias et de la publicité commerciale, associant sans réserve les pathologies à la seule manifestation sonore du bruit, cest-à-dire à lintensité acoustique.

L’incommensurabilité du trouble cognitif 

Il est proposé de considérer que si létude des effets lésionnels et anxieux peut faire lobjet dune tentative de corrélation avec le niveau dintensité sonore et justifier ainsi lusage métrologique, il ne peut à lévidence en être de même de leffet délétère du bruit de voisinage, lequel relève daspects humains irréductibles à lappréciation quantitative dès lors que le trouble résulte pour lessentiel de lappréhension négative du bruit. «Il n’existe pas de bruit en soi, il n’existe du bruit que pour soi », rappelait à cet égard le professeur Claude Leroy (1924-2013), psychiatre. Il convient assurément de dénoncer le traitement récurrent de linformation visant à amalgamer les différentes sources sonores sous lentité monosémique dénommée bruit et conférant à ce dernier un impact intrinsèquement nocif, au point de se trouver qualifié de pollution, y compris lorsquil est question de nuisance et donc de santé publique plutôt que de protection environnementale.

À la différence du son, relevant dun phénomène physique, le bruit ne peut exister sans oreilles pour lentendre, ni sans pensée pour en appréhender le sens.Ainsi le bruit se définit effectivement comme du son connoté et lamalgame entre son et bruit relève dun raccourci de pensée qui contrevient à une prise en compte pertinente de la nuisance.

De la sorte, les articles de revues ou les brochures qui publient des échelles de niveau sonore en décibels, et cherchent à comparer des sources deffets traumatisants ou angoissant avec des bruits coutumiers ou domestiques repérés sur une même règle suivant leur degré respectif, ne manquent pas dentretenir une confusion préjudiciable.

Suivant une telle lecture de léchelle graduée des bruits, ceux résultant par exemple des piétinements récurrents et tardifs du voisin de lappartement du dessus devraient donc se trouver moins perturbants que ceux occasionnés par le passage des voitures dans la rue au motif dun moindre degré sur la règle, alors quen lespèce la signification du bruit lemporte très largement dans le processus du trouble.

Répandre lidée, comme pratiqué par les médias, que le trouble de bruit sévalue en décibels, cest-à-dire en négligeant limpact cognitif, contribue effectivement à assimiler le son à un agent pathogène et finalement à engendrer un climat sonore délétère devant toutes sortes de sources, chez soi comme à lextérieur, à la ville comme à la campagne, au seul motif de lémission. Une telle incitation à la peur suscite alors lintolérance à légard du voisinage et conduit même à se plaindre des bruits courants de la nature, de la pluie, des torrents, des cigales ou des grenouilles, ou coutumiers de la ville et de la campagne – comme les procès intentés en zone rurale pour le bruit des coqs, des travaux des champs ou la sonnerie des cloches.

Ainsi, se développent des mouvements de rejet incongrus, tels les espaces « no kids », linterdiction denfants dans des établissements touristiques avec des réservations « adult only », la prohibition des cris des commerçants sur un marché de Toulouse et il est désormais proposé dans des salons de coiffure suisses une option « silent cut » prévenant toute conversation avec le client.

L’effet délétère du sens 

Pourtant limpact délétère du sentiment dindésirabilité se trouve dûment dénoncé en introduction dactions officielles de prévention du bruit. La directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 juin 2002, relative à lévaluation et à la gestion du bruit dans lenvironnement, donne à larticle3 la définition suivante : « Bruit dans lenvironnement : le son extérieur non désiré ou nuisible résultant dactivités humaines, y compris le bruit émis par les moyens de transport, le trafic routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites dactivité industrielle… » La présentation de laction pour « Améliorer la tranquillité sonore » du 4ePlan national santé environnement (PNSE) porte le diagnostic suivant : « Du matin au soir, nos oreilles sont sollicitées par divers bruits généralement non désirés et à des niveaux sonores pouvant être élevés. »

De la sorte, si lindésirabilité est bien reconnue par diverses instances comme un motif de nuisance sonore, aucune prévention correspondante ne se trouve pour autant adoptée puisquil est toujours question de limiter le niveau sonore et non dexplorer les moyens dagir sur les modalités dappréhension.

LOrganisation mondiale de la santé alerte pourtant sur limpact de limaginaire sur le trouble en définissant la gêne comme une « sensation de désagrément, de déplaisir provoqué par un facteur de l’environnement dont l’individu (ou le groupe) reconnaît ou imagine le pouvoir d’affecter sa santé ». De même, lAcadémie nationale de médecine assure que « la crainte de la nuisance peut être plus pathogène encore que la nuisance ». En ce qui concerne limpact délétère du préjugé défavorable sur le bruit, le psychiatre Stephen A.Stanfeld pose la question suivante : « Est-ce que le bruit provoque une perturbation du sommeil et par conséquent une altération de la santé ? ou peut-être plus probablement : est-ce qu’un mauvais état de santé conduit à la perturbation du sommeil par le bruit dans lequel le bruit est perçu comme perturbant ? »

Sagissant de leffet nocebo, G.J.Rubin, M. Burns, S. Wessely observent : « Les personnes qui déclarent avoir une électrosensibilité éprouvent en effet des symptômes lorsquelles sont exposées à des champs électromagnétiques, mais seulement lorsquelles savent quelles sont exposées. » Le sens que lon donne au bruit joue ainsi un rôle majeur dans le processus du trouble et par la suite sur les conséquences pathogènes qui en résultent pour la santé.

Dans ce cadre, Chrystèle Philipps-Bertin, chargée de recherche en psychologie, et Margot Brunet, journaliste, font état du résultat denquêtes menées par le laboratoire Modis : « Les individus survolés par des hélicoptères médicaux se déclarent globalement moins gênés que ceux exposés à des engins de loisir, pour des niveaux sonores objectifs comparables. » Ainsi, la signification accordée au bruit affecte le ressenti, et latteinte à la santé mentale paraît dépendre de lappréciation négative voire menaçante de la source sonore telle que suscitée par les médias.

Observons que les tribunaux reconnaissent aujourdhui un tel effet nocebo dans le cas du voisinage déoliennes, comme la décision de la Cour dappel de Toulouse du 8 juillet 2021, laquelle retient la responsabilité dun exploitant de parc au motif de symptômes anxieux et dépressifs affectant les plaignants. Le tribunal judiciaire de Strasbourg retient également, suivant la décision du 13 novembre 2025 (RG  17/02943), leffet de stress engendré par un parc éolien : « … le tribunal retient que le fonctionnement des éoliennes implantées à proximité de lhabitation de Madame[M] est la cause directe et certaine du stress et de lanxiété ressentis par lintéressée à lexclusion de tout préjudice physique. »

Pour une éducation au bruit 

Il est étrange que lon puisse encore se référer dans lapproche du bruit à lancienne tradition psychophysique du xviiie siècle, et prétendre à une relation logique entre le trouble et la quantité de décibels. Il nest pas moins surprenant encore de vouloir négliger limpact délétère que peut avoir lindésirabilité du bruit au point de vouloir à tout prix imputer à des phénomènes physiques ce qui relève de la pathologie du stress, avec le développement détats anxieux et dépressifs et les risques cardiovasculaires et métaboliques induits.

Les sciences humaines imposent un changement radical de paradigme dans lapproche des effets du bruit et si la réduction du niveau sonore semble simposer aminima dans le cadre de la lutte contre les bruits excessifs de trafic ou de comportement de rue, laction sanitaire contre les effets cognitifs exige en retour de réformer en profondeur les moyens de prévention. À cet égard, il apparaît vivement souhaitable de réformer la norme Afnor NFS30-105 selon laquelle le bruit est défini comme « toute sensation auditive désagréable ou gênante ».

Une telle interprétation ne résiste pas à lobservation courante qui montre que de multiples bruits nengendrent pas nécessairement des « sensations auditives désagréables ou gênantes », comme habituellement les bruits coutumiers ou de la nature, les neurologues évoquant même des bruits générateurs de bien-être, comme le bruit du gong, du ronronnement du chat, de leau qui coule, du crépitement du feu ; de tels bruits participent à la cure sonothérapique.

Il nest donc plus permis de faire commerce du bruit par lentretien dun climat anxiogène et il appartient aux institutions dengager un vaste programme pédagogique pour que la population appréhende le bruit à sa juste mesure, entre présence dun danger, menace pour la santé ou manifestation sonore ordinaire.Laction du ministère de la Santé se trouve à cet égard attendue pour développer des champs de ressource à lendroit où le trouble est incontestablement dordre cognitif et le bruit susceptible de se voir dédramatisé. Il semble que la première mesure éducative puisse aider à faire prendre conscience de la réaction archaïque que chacun peut avoir face à une source de bruit.

Viendrait-il à lidée dincriminer le facteur de la poste pour avoir déposé une mauvaise nouvelle dans la boîte aux lettres ? Cest bien pourtant lattitude récurrente adoptée lorsque le message véhiculé par le bruit est jugé menaçant et que lon confond le signal sonore avec laffect ressenti, au point dimputer au bruit ses propres émotions.

Une telle attitude à l’égard du bruit rend compte, en comparaison des autres sens, dune relation fusionnelle de louïe avec lenvironnement et oblige à admettre quune partie du traitement auditif se déroule à notre insu, conduisant à des réactions primitives incontrôlées doù proviennent trop souvent les manifestations dagressivité et de violence. Pour ces niveaux élémentaires du fonctionnement cognitif, il semble également possible de favoriser le travail analytique pour amener à la conscience et à les corriger les mécanismes projectifs contribuant à accrocher au bruit, tel un exutoire, ses propres insatisfactions. Parmi les mesures éducatives figurent les stratégies dadaptation ou d’«échappatoires », telles que suggérées dans la revue Cerveau&Psycho par Valérie Rozec, consistant à compenser les excès dexposition sonore par des pauses calmes dans des sites protégés, ceux par exemple recensés dans le cadre du Label Quiet par le CidB. En tout état de cause, toute action éducative ne peut être envisagée sans la participation des praticiens du trouble de bruit disposant de lexpérience de terrain dans linstruction des plaintes.

Une question sur le bruit ?