À l’occasion de la Journée du Sommeil du 13 mars 2026, l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), un collectif de médecins spécialistes du sommeil, alerte sur la place du sommeil dans les politiques publiques, notamment à l’échelle des territoires. Certains facteurs comme le bruit influencent directement la qualité du sommeil. Le bruit a en effet un impact sur notre sommeil, même sans réveil. Explications.
Occupant environ un tiers de notre vie, le sommeil soulage de la fatigue physique et mentale et participe à notre bonne santé. Il peut être interrompu par des stimulations diverses parmi lesquelles le bruit constitue une cause majeure. Le bruit altère la structure et la qualité du sommeil. Il peut provoquer des difficultés d’endormissement, des éveils au cours de la nuit, le raccourcissement de certains stades de sommeil et une dégradation de sa qualité par des changements de stade (du sommeil profond vers un sommeil plus léger) qui ne sont pas perçus par le dormeur (voir notre rubrique Bruit et santé).
Un impact sur notre sommeil, même sans réveil
Comme le révèle le guide du CidB « Bruit et santé »*, l’intensité du bruit nécessaire pour éveiller le dormeur dépend notamment du stade du sommeil dans lequel se trouve celui-ci. Même s’il n’y a pas de perception consciente des bruits, ni de réveils de la part du dormeur, les stimulations sonores sont en permanence transmises au cerveau et analysées par celui-ci (réactions visibles sur les électrocardiogrammes et les encéphalogrammes). Plus que dans les autres stades du sommeil, la signification du bruit joue un grand rôle dans la probabilité de se réveiller en phase de sommeil paradoxal.
Les perturbations du sommeil et notamment, une forte réduction de sa durée, peuvent se traduire par une baisse de la vigilance ou une somnolence diurne dont les effets peuvent être importants en termes de capacité de travail ou de survenue d’accidents. La dose de bruit reçue au cours de la journée précédente a aussi son importance : on peut passer une mauvaise nuit, même au calme, par le seul fait d’avoir passé la journée dans un environnement bruyant.
* Ce guide complet de 24 pages permet à ceux qui interviennent notamment dans les domaines sanitaire et social de mieux apprécier les effets des nuisances sonores sur l’homme. Il dresse un bilan des connaissances sur les effets du bruit sur la santé et donne des pistes pour se protéger.
Bruit et sommeil : les recommandations de l'OMS
Pour un sommeil de bonne qualité, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un niveau de 30 dB(A) en moyenne pendant la nuit à l’intérieur de la chambre et les niveaux de bruit excédant 45 dB(A) devraient être évités.
Les résultats des différentes études montrent qu’il n’y a pas d’habituation physiologique aux bruits répétitifs pendant la nuit, alors que les personnes pensent s’être habituées à leur environnement. Le coût le plus important de la privation de sommeil pour la santé à long terme est la réduction de la qualité de vie.
Le bruit, ennemi du sommeil
Le collectif révèle que la question du sommeil est, à tord, passée sous silence, alors même que les Français la considèrent comme une préoccupation majeure. Interrogés sur l’importance respective du sommeil, de l’alimentation et de l’activité physique, 42 % des Français placent le fait de « Bien dormir » en tête des piliers importants pour la santé, devant « Bien manger » (38 %) et « Bien bouger» (20 %).
Le bruit est d'ailleurs l’un des principaux ennemis du sommeil. En France, plus d’un tiers de la population (36 %) déclare être gêné par le bruit la nuit, et près d’un quart affirme être réveillé par les notifications de son smartphone. Les nuisances sonores proviennent majoritairement de l’extérieur du logement : conversations ou cris dans la rue, transports, animations nocturnes. Toutefois, l’intérieur des habitations n’est pas épargné, puisque 41 % des nuisances sont liées au voisinage, à la famille ou encore aux appareils domestiques. Et les populations les plus exposées aux contraintes environnementales, notamment au bruit, sont aussi les plus vulnérables aux troubles du sommeil.
« Nos villes organisent parfois, sans en avoir conscience, une dette de sommeil biologique collective. Le sommeil devient un marqueur-clé des discordances entre nos rythmes de vie et nos rythmes biologiques. Le sommeil est un indicateur des tensions urbaines. Une commune qui dort mal est une commune sous pression. Il est temps d’intégrer la dimension du sommeil dans les enjeux municipaux », alerte le collectif.
« Le sommeil se situe à l’intersection de nombreuses questions de politiques publiques : santé, petite enfance, éducation, sécurité, logement, urbanisme, transition écologique. Pourtant, il demeure absent des analyses et des projets territoriaux. Cela implique notamment de reconnaître la nuit comme un espace de santé, de moduler l’éclairage public, de réduire les nuisances sonores nocturnes, d’anticiper les canicules, d’évaluer l’impact nocturne des projets urbains, d’interroger les horaires scolaires et de travail. »
Sources :
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- Bruit et santé. Chapitre : Le bruit, ennemi du sommeil. Guide du CidB, 2017 ;
- « Intégrer le sommeil dans un programme municipal peut produire des effets concrets sur la santé et concourir à l’attractivité du territoire », Le Monde, 18 mars 2026 ;
- Sommeil, Rythmes et Environnements – Enquête INSV/Fondation VINCI Autoroutes pour la Journée du sommeil 2026.